Chapitre 5.s – L'Apocalypse selon Saint Coyote

9 personnes disparues, sans laisser de traces, sans violences, sans signes distinctifs ; l'absence de modus operandi pour seul lien et cette tristement rendue célèbre N70, « Daemon Road ». Le département des sciences du comportement (BAU / Behavioral Analysis Unit), une division du FBI, appelé en renfort par un Shérif et un Marshall dépassés par les évènements, tournés en ridicule par ces hyènes, ou vautours allez savoir, rongeant le moindre détail sordide, au nom de la liberté de la presse...
Cet été 2012, dans la réserve indienne de San Carlos, Arizona, il faisait chaud, vraiment chaud ; on crevait de soif à vrai dire même…

[Joseph Conrad a dit : « La croyance en une origine surnaturelle du mal n'est pas nécessaire. Les hommes sont à eux seuls capables des pires atrocités. »]

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CHAPITRE 5.s

(L’Apocalypse selon Saint Coyote)
Réserve de San Carlos – 14 août 2012, 03h00 AM

La voiture était une étuve, même à cette heure, et ils durent ouvrir toutes les portières pour laisser l’absence de brise la rafraichir avant de partir vers… vers. Il était trois heures, et ils n’auraient qu’une heure à rouler.
Ils roulèrent à leur rencontre. Sans grands attention ni intérêt pour le paysage. Seuls, ensemble, isolés de tout. Si seulement les cactus et pierres pouvaient parler, si les coyotes pouvaient… ils n’auraient certainement rien d’intéressant à raconter. Juste des jacasseries sans fin.
Tout d’abord, ce voyage solitaire à travers les canyons et routes désertes de la réserve les rafraichit par son manque de contact, sa possibilité de prolonger une nuit qui n’en avait pas été une, de ressasser des souvenirs qui ne demandaient qu’à être oubliés, mais à mesure que l’aube se levait aux pieds des montagnes, un certain malaise s’empara d’eux.
Sans grands attention ni intérêt, mais sans aucun panneau également, et s’ils n’avaient pas pris la bonne route ; pouvait-il y en avoir une autre, une bonne ?
Devant eux, il n’y avait aucun signe de vie bien entendu ; pas plus que sur les côtés ; aucun bruit de véhicule, juste des nuages plus lourds et noirs. Aujourd’hui serait un temps à orage.
La voiture et le malaise continuèrent. Difficile de croire que la route se détériorait plus encore, et pourtant ; les nids-de-poule devenaient de véritables cratères, les dos-d’âne leur donnaient l’impression de rouler sur des corps – les leurs.
Puis, encore : un doute.
Si…
Les pensées étaient à peine sorties de leurs gangues pour former un tout que l’horreur se présenta.
Ce n’était pas l’aube. L’Etoile du Matin n’attendait pas derrière les cactus. Ce n’était pas un temps à orage.
Il eut un instant d’hésitation, rien qu’un instant, durant lequel les yeux clignèrent d’incrédulité, avant de comprendre que tout ceci était bien arrivé.
Et à présent, plaisanterie de l'autre, la brise apportait l’odeur de carcasse, de chairs brûlées en insupportable abondance : la senteur des biftecks à point, mi-douce, mi-sucrée. Il ne manquait que le maïs et la bière, de celle que l’on partage en bande, entre collègues de team!, les week-ends où l’on se prend un coup de soleil sur le nez et où l'on invite les ami-e-s célibataires ou fraîchement divorcé-e-s.
Ils dépassèrent la dernière colline et les ruines de la grange apparurent devant eux. Chacun pouvait voir dans toute son horreur la vérité, l’ignoble vérité…
Les estomacs se convulsèrent – pas de faim. Le vacarme de cris d’agonie, de suppliques, et d’imprécations imaginaires emplissait l’air. Ils étaient tout près. L’abîme lui-même béait à leurs pieds.
Leurs imaginations domestiquées, bien que mises à mal ces derniers jours, n’avaient jamais conçu un tel spectacle aussi indiciblement brutal.
C’était une représentation au-delà de la nausée. Confronté à lui, l’esprit réagissait avec la lenteur d’un escargot, les forces de la raison examinaient les preuves une à une, avec des regards méticuleux, à la recherche… de quoi ?
Devant eux, le monde, la colline et son château de bois, avait subi le jugement divin tout droit venu du ciel ; les caprices d’enfants – armés de missiles !
Le crash d’un avion aurait laissé, lui, une empreinte de clémence au coeur des braises. Aucune (mise en) bière amère ne pourrait faire passer ce relent du 11 Septembre.
Tout ceci était bien arrivé. Ils avaient recommencé. Cette fois, il n’était pas bien difficile d’en comprendre le comment : le caisson de recompression avait explosé, ouvrant une brèche vers l’apocalypse elle-même pour y réduire à néant tout ce qui vivait et ne vivait plus. Porte, hublot, lit, tabouret, matériel médical, avaient été ses hordes de démons. Le métal agonisant hurlait à en plaindre l’âme d’un damné. Les flammes avaient léché la structure, au-delà de son point de tolérance. Les canoës avaient fondu et s’étaient déversés de leurs pluies d’entrailles sur la terre, le foin, si brûlantes qu’elles avaient fait cuire la peau, celle de Cecil.
Carcasse parmi les carcasses de métal, soudée par les os et sa blouse si aisément identifiable, marionnette dont les fils et bras avaient été arrachés. Le feu lui avait enlevé les traits du visage comme un masque, ne laissant qu’une couche de verre où l’on devinait, ici et là, des muscles tressaillants. Seule sa langue avait été épargnée, rose, belle, forte et impuissante désormais à exprimer le moindre verbiage de sympathie.
La grange, ou le cratère qu’il en restait, était si encombrée de morceaux de toute sorte, et le feu se nourrissait de chaque parcelle, qu’on l’aurait dit envahie par le brouillard de l’enfer. L’aube d’un nouveau jour.
Personne n’avait dû souffrir. – N’est-ce pas ?

Histoire_Delta Green-Marionnettes et Ombres Chinoises_Chap.5.S_001.png
(L’Apocalypse selon Saint Coyote)
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Trixie Coalman
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26 août 2015, 23:14

Les yeux de l'Agent Coalman s’écarquillèrent, sa raison vacilla alors qu'images chocs après images chocs s'imprimaient sur ses rétines.
Elle resta immobile, les mains sur le volant. La bouche entrouverte, ses yeux auraient voulu verser des larmes qu'elle n’avait plus. Ni colère, ni tristesse ne déformaient ses traits pris d’une raideur catatonique.

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Dennis Poehler
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26 août 2015, 23:14

L'Agent Poehler regarda la scène d'un air incrédule. Cinéma de plein air. Film d'action, série Z. Premières loges.
Respiration oppressée. Conscience qui commençait à vaciller.
Une pensée s'isola parmi toutes : Cecil.
Tout ça ne pouvait être qu'un étrange cauchemar au forts relents de réalité. Tout ça ne pouvait être. Il pourrait avoir les yeux fermés...
Il procéda analytiquement : trouver un élément immuable de l'univers et y focaliser son attention. Devenir plus minéral que la pierre.

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Washington Davis Jr.
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26 août 2015, 23:14

Le poing de l'Agent Davis s'écrasa lourdement sur le tableau avant de leur véhicule. Un coup de rage, de ceux que l'on ne retenait pas.
— Putain ! Tu parles d'un coup d'avance ! Un putain de coup de retard ouai ! Enfoirés ! beugla-t-il dans un râle de colère.

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Trixie Coalman
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26 août 2015, 23:15

— Ils ne perdent rien pour attendre ! répondit l'Agent Coalman.
Les paroles pleines de sens du marshal résonnaient encore à ses oreilles ; il allait pourtant être difficile de ne pas sombrer.
Elle soupira, évacuant ses états d'âmes pour se concentrer sur l'essentiel. Elle ouvrit la porte de la voiture et sortit. Du regard elle chercha le meilleur moyen d'atteindre le corps de Cecil.
— Si on les laisse ici, les charognards ne perdront pas une minute dés que le feu sera totalement éteint.
Où se trouvait celui de l'Agent Delaware se demanda-t-elle ; en restait-il encore seulement quelque chose ?

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Washington Davis Jr.
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26 août 2015, 23:15

L'Agent Davis bondit hors de la voiture prêt à la suivre dans les flammes de l'enfer.

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26 août 2015, 23:17

Les Agents Coalman et Davis parcoururent en un éclair les quelques pas qui les séparaient du chaos, percevant sans l’entendre les murmures d’agonie que la terre meurtrie poussait en recevant leurs colères dans ses entrailles calcinées ; quelques brûlures et des semelles qui s’effaceraient, un maigre prix à l’égard de celui payé par leurs collègues et ce civil, sans qui ils ne seraient pas vivants, sans quoi ils ne seraient pas morts.
Les larmes étaient arides, la peine et tristesse que la peau sur les os.
Doucement, avec souplesse, aux portes de la brutalité, ils réussirent à s’approcher de Cecil – feu par le feu –, l’infirmier dont il ne restait que les stigmates d’une bataille impossible à justifier, à peine explicable ; réduit en pièces et déversé, jusqu’à ses pensées qu’il avait abritées.
Si près, si chaud, si profond.
Personne n’avait pu s’échapper.
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Dennis Poehler
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26 août 2015, 23:18

Après quelques longues minutes de réflexion sur les profondeurs insondables de l'âme humaine, l'Agent Poehler finit par descendre de la voiture et attendit, appuyé sur le capot, que ses compagnons aient fait le même constat que lui...

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26 août 2015, 23:18

L'enfer sur terre... Sans les grimaces affichées de temps à autre, on aurait pu croire que les brûlures n'affectaient pas l'Agent Coalman. Son regard se posa un instant sur Cecil alors qu'elle prononçait quelques paroles trop doucement pour qu'elles fussent audibles, puis se reporta en avant : elle recherchait obstinément la dépouille calcinée de l'Agent Delaware.
— Regardez dans le coffre s'il n'y aurait pas une bâche ou quelque chose pouvant faire office, interpella-t-elle l'Agent Poehler resté en arrière. En faisant attention on pourra le transporter.

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Dennis Poehler
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26 août 2015, 23:18

L'Agent Poehler s'exécuta, sans conviction estimant n'avoir rien de plus important à faire.
— Faites attention à vous, surtout !

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Washington Davis Jr.
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26 août 2015, 23:18

— Ça sert à rien, Coalman !
L'Agent Davis fit quelques pas en arrière, hésitait-il...
— Je vais la chercher cette bâche.

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24 sept. 2015, 04:25

Red Seven n'hésita pas. Les ordres étaient les ordres.

Hey, heya…

Un bruit sourd mourut dans la gorge de l’Agent Davis, un bruit .40 S&W qu’il ne ressentit pas jusqu’au moment où ses jambes se dérobèrent sous lui. Un pas plus loin, il tomba le genou à terre. Il n’arriva plus à soulever la couverture, devenue trop lourde… – et Merde! Il la tira sur lui en guise de révérence. Il ne lutta pas, tout ce qu’il put faire fut de regarder Red Seven arriver, pointer son pistolet dans le dos de l’Agent Coalman et appuyer sur la détente avec un grand sourire…
Quant à l'Agent Poehler, il gisait à coté de leur véhicule dans une flaque de sable assombrie par son sang, le vieux souvenir de sa famille froissé dans son coeur. Il aurait du prendre ce putain d'avion. Il aurait du.

Hey, heya heya…

Travail terminé. Red Seven pouvait retourner à l'hélicoptère qui l'attendait derrière la colline et faire un dernier passage avant de rejoindre l'équipe Red Twelve au fort.
D'abord il y arriva, puis il trébucha, il tomba, et parce qu'il s'écrasa de tout son poids, sa tête heurta durement la roche. L'os craqua, céda. Le pantin de l'Agent Lynch s'affala par terre. Cassé.

Hey, heya heya heya…

« A toutes les unités Red, nous avons un code 10-2000 au commissariat de San Carlos. Je répète, un code 10-2000 au commissariat de San Carlos. A toutes les unités Red, rendez-vous sur-le-champ sur zone… » cracha la radio.
Un choc sourd fit vibrer l'hélico, un bruit d'écrasement, celui du corps de Red Seven, puis quelque chose arracha la porte et … – Merde! Dans le tourbillon d'air rugissant brassé par les pales, la colère d'un Dieu empoigna les fils de vie des marionnettes sous le choc. Il les déchira. Comme de la porcelaine de Dresde. Ils ne crièrent pas. Leurs bouches étaient sèches : leurs mots étaient mort-nés. Le son vint de leurs corps : les éclaboussures de leur sang, le bruit suintant de leurs boyaux tombant sur leurs pieds dépouillés de leurs os et peau en une mousse rosâtre.

Hey, heya, heya, heya, heya.

S'ils voulaient faire saigner ses hommes de boue, ses avatars, faire taire sa légende, alors ils saigneraient dans le puits du Néant.
Coyote libérait la fureur et l'affliction. Elles étaient ses filles, ses ombres. Elles étaient insatiables. C'était sa douleur, ressassée pendant et depuis la création des mondes.
Il pouvait revêtir un millier de formes, le messager, le coeur et l'âme des autres...

Hey, heya, heya, heya, heya. Heya…

L'indicible grimpa sur l'hélicoptère. La tête, de chien, de coyote, énorme, était renversée en arrière, dans une sorte d'extase. L'oeil étincelant, l'érection plus visible que jamais. Après un dernier grognement à peine perceptible, il se pencha, fracassa les vitres et replia ses mains-mâchoires pour déchirer l'acier comme du simple papier. Son corps tressautait de joie, sa tête bougeait dans tous les sens les bajoues au vent. Une fois les parois arrachées, il sauta sur la terre et lança vers le ciel les plaques de tôle qui retombèrent sur le sol poussiéreux comme autant de larmes. Il continua : tableau de bord démoli, moteur volant en éclats, sièges déchirés, pales détachées de leurs rotors.
Une odeur d'essence très reconnaissable aurait pu chatouiller les narines d'un survivant, mais il n'en restait aucun. Une étincelle jaillit du heurt de deux lambeaux de métal, et une colonne de feu engloutit l'Être et la carcasse de l'hélicoptère. Une fumée noire envahit le désert.
Il ne lança aucun appel. Il ne souffrait pas. A peine tituba-t-il hors de cet enfer, la chair ardente, le corps tout entier enflammé, en chaleur. Ses bras griffus s'agitèrent non moins pour combattre le brasier que pour danser. Des langues de feu caressaient son dos et l'air se chargea d'effluves d'amertume et semences calcinées.

Hey, heya, heya, heya, heya. Heya, heya…

En ouvrant ses yeux, les onze, il sentit la femelle. À douze pas au-dessous de lui, l’Agent Coalman s’apprêtait morte qu’elle était à rejoindre le royaume de son frère…
Trixie était une demi-fille de boue, une Apache par sa mère.
Une patte, aussi grande qu’un roc, lui mordit le sein et la traina en l’air, gigotant comme un lapin que l’on équarrissait, et projeta au loin ses vêtements. D’un geste désinvolte, sans méchanceté, Il l’enlaça et consciencieusement la goûta, la viola – avec amour. Ses organes de reproduction la pénétrèrent sans lui causer aucun dommage, aucune douleur (certains pourtant aussi turgescents que le cadavre de Cecil, et aussi épineux que des cactus).
Il continua de s’enfoncer en elle, puis de se retirer, d’une manière qu’il savait lui plaire. Tout à ses passions il la prit. Encore. Trois. Quatre. Dix. Sans compter le nombre de fois. Elles étaient nôtres. Il se délectait de son odeur. Le corps de l’Agent Coalman ne s’en souviendrait pas – et il valait mieux – mais, là, il la rendait heureuse de ses saillies tamisées.
Dans le cul Loup ! pensa-t-il, en crachant dans ses deux orifices extrêmes. Mélangeant les semences dans son corps il dépassait le crépuscule de sa vie.
Il l’embrassa, puis s’accroupit pour uriner. Un témoignage durable de ce qu’avait été sa joie…
Elle gisait inconsciente sur le sable.

Hey, heya, heya, heya, heya. Heya, heya, heya…

Puis il courut en chantant en direction de la vallée, du lac, derrière le canyon, dans une course éperdue jusqu'à la ligne où la chaleur faisait se confondre la route et l'horizon.
Tout autour du sable arrivait de tous les endroits et tel un cours d'eau se frayait un chemin, rampant, dansant, virevoltant jusqu'à San Carlos...

Hey, heya, heya, heya, heya. Heya, heya, heya heya…

Kaléidoscope de sons et de formes.
Le sable enveloppait la Vie, dessinait les destins.
Chaos.

Personne ne vit les ongles de l'Agent Delaware gratter la terre pour reprendre un souffle de vie. Il était seul.
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Canton Everett Delaware
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28 sept. 2015, 16:38

— ... mort ?
Il fallut plusieurs minutes à l'agent Delaware pour réussir à s'extraire de sa tombe de terre et de cendre...De terribles et longues minutes qui ne le ménèrent qu'à découvrir l'enfer de feu et d'acier qui se tenait autour de lui.
Son corps était brûlé à plusieurs endroits, et il n'avait plus aucune sensation de sa main gauche. Dans sa main droite, son arme semblait être collé à même sa chair sûrement dut a l'effet de la chaleur. Dans sa bouche le sang et la cendre lui laissait un goût de désolation et de mort.
— ... mort ? Non, mais fou furieux ! dit-il.
Il réussi à se relevé du trou dans lequel il avait été projeté par l'explosion, repoussant la terre et le métal qui l'avait "protégé", le tout retombant dans un nuage de poussières et de cendres. Sa chemise blanche, ne l'était plus tellement, et se trouvait déchiré à plusieurs endroits. Au niveau de son torse nu on pouvait apercevoir une vilaine et profonde brûlure – faisant étrangement penser à une tête de Chacal...
Ses yeux n'était pas vraiment remplis de colère, pas seulement. Un mélange de sentiments couvaient dans son regard. Le genre qui rend un homme dangereux, surtout quand il n'a plus rien à perdre.
Et plus rien à perdre, c'est se qu'il avait quand il aperçu le corps de ses collègues, couchés dans leur sang... sa main gauche laissa finalement échapper sans le vouloir une capsule de cola.
Il réussi, avec le peu de volonté qu'il lui restait, à se rapprocher du corps le plus près, celui de l'agent Washington afin de vérifier ses craintes...

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05 oct. 2015, 18:39

Couché par terre, il ne bougea pas : et pour cause, il était mort !
L’Agent Delaware perdait ses repères dans ce paysage qu’il ne reconnaissait plus. Chairs carbonisées, viandes déchiquetées… Il était seul.
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09 oct. 2015, 22:41

Alors que la tête lui tournait, l'agent Delaware tituba vers un autre corps de l'un de ses collègues, s'empêchant de vomir devant toute cette désolation.
Comment cela peut être possible, se demanda-t-il.
Les larmes troublaient sa vue, mais il s'obligea à continuer, à se diriger vers le prochain corps...

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12 oct. 2015, 14:46

Rien ne pouvait y faire : malgré les cris de rage et la force phénoménale des convictions qu’il déployait, l’Agent Delaware ne put dégager son esprit de la folie. La folle réalité et ses constations : ils étaient morts. Tous.
Il comprit alors que la vie n’était plus possible ici. Tout était froid et immobile. Plus un cri, plus un souffle de vie… sauf celui de l’Agent Coalman, la petite Trixie, si faible. A bout de forces, allongée sur un monticule de sable, les yeux fermés et s’abandonnant à l’extase d’un oubli sans rêve, dans le silence absolu qui régnait sur cette terre. Elle souffla, se cambra, gronda et son corps se débattit de toutes ses forces : et pour cause, il voulait vivre !
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14 oct. 2015, 20:35

Les yeux écarquillés, voyant les spasmes de l'agent Coalman, il partit dans sa direction. Il couru, trebucha, tenta de se relever en continuant sur ses quatre membres à avancer, et finalement arriva jusqu'à elle.

Il chercha un poul, une respiration...Un moyen de la sauver, de l'aider. Il ne pouvait finir seul dans se desert de cendres....

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20 oct. 2015, 13:47

L’agent Coalman s’enfonça dans une noirceur abyssale. Pas de tunnel ni de petite zone blanche ponctuant sa sortie, pas plus que les flammes de l’enfer. Soudain, l’obscurité céda la place à une lumière chaude, vive, intolérable. Son corps se cabra à lui briser la colonne vertébrale.
Un kaléidoscope d’images satura sa mémoire en flash successifs : l’incendie, le corps de Cécile atrocement déformé et brûlé, une odeur épouvantable de chair calcinée omniprésente ; l’agent Davis s’effondrant au ralenti, elle voulut hurler sa rage et son désespoir ; détonation, écran noir… Maintenant elle croyait comprendre, elle était pour elle. Attends ! N’avait-elle pas encore en tête l’écho d’une nouvelle détonation… Dennis ?

Une ombre masqua partiellement la lumière. Dans un effort quasi surhumain elle ouvrit les yeux. Canton ! Il était penché sur son visage. Alors elle sut. L’heure était venue et ce n’était pas sa mère qui était là pour l’accompagner. Elle referma les yeux. Des Larmes coulèrent, creusant des sillons noirs sur son visage souillé et maculé de sang. Elle avait toujours appréhendé la fin, mais non elle se trompait. C’était un soulagement, un immense soulagement.
— Je suis prête Canton, allons-y.
Un seul regret l’étreignit, un visage qu’elle ne pouvait effacer… de quoi ? Pouvait-on encore parler de mémoire ou de souvenirs quand on était de l’autre côté ?
— Clint…
Oh cette douleur, son corps n’était plus que douleur. Les côtes meurtries, froissées ou brisées peut-être, les membres endoloris, sa peau écorchée et brûlée… comment pouvait-elle encore ressentir une telle douleur…
— Emmène-moi, l'Agent Coalman rouvrit les yeux, sa main bougea au contact de celle de l'Agent Delaware et la pressa. Emmène-moi…

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20 oct. 2015, 23:43

L'agent Delaware ne su pas quoi faire pour aider sa collègue. Ses mains cherchèrent à réconforter l'Agent Coalman en prenant les siennes.
— Agent Coalman ? Agen....Trixie ! Tenez bon !
Malgré la douleur de son corps endoloris, voir brisé, il réussit à prendre dans ses bras crasseus et abîmé le corps de sa collègue, sa tête reposant sur son torse brulé.
Il se dirigea vers la voiture, serrant les dents sous le coup de l'effort et de la douleur. Il ne savait pas quoi faire, ni où aller....
Une fois installé, il attrapa les mains de l'Agent Coalman :
— Trixie ? Vous m'entendez ?
Il se mit, tout en attendant la réponse de la jeune femme, à chercher une bouteille d'eau afin de s'hydrater, elle et lui, les deux survivants...

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27 oct. 2015, 17:15

L'Agent Coalman n’avait pas encore réalisé que la vie affluait au lieu de refluer. Dans les brumes de la conscience, malgré la douleur, elle souriait convaincue d’être sur le point de se détacher de toute matérialité. Un cri terrible jaillit alors que l'Agent Delaware la déplaçait, la ramenant définitivement à la réalité. Elle resta silencieuse de longues minutes. Vivante, elle était donc vivante. Ce n’était donc pas encore maintenant qu’elle devrait régler ses comptes avec son créateur.
Comment cela ce pouvait-il ? Se demanda-t-elle, l’esprit fiévreux. Plusieurs fois elle se racla la gorge passée à la toile émeri. Elle toussa, éructa, en ayant à chaque fois l’impression qu’elle allait cracher ses poumons. Les mots se formèrent tout d’abord dans sa tête, n’arrivant pas à franchir la barrière de ses lèvres.
Rassemblant toute son énergie, elle finit par lâcher dans un souffle ces quelques mots :
— Vous… Canton… mais… comment…. les autres ?

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31 oct. 2015, 22:43

Les dents serrées, cherchant à vaincre la douleur qui le lancait à chaque mouvements, l'Agent Delaware but une gorgée de l'eau tiède qu'il trouva dans la bouteille et en donna une gorgée à L'agent Coalman avant de lui répondre :
— ...Il n'y a que nous Trix... Agent Coalman ! Plus que nous !
Il jetta un dernier coup d'oeil vers la désolation oú gisait le corps de ses collègues, essuyant le sang, la cendre et les larmes de ses joues.
Puis il monta dans la voiture.

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08 nov. 2015, 14:45

La gorgée d’eau quoi qu’insuffisante eut tout de même le mérite de calmer les irritations de sa gorge. Le rythme de sa respiration commença à se calmer à mesure que les battements de son cœur s’abaissaient à un rythme plus raisonnable. Les paroles de l’Agent Delaware devraient la toucher ; pourtant ce n’était pas le cas. L’impact de ses réminiscences avait suffi à la fixer sur leur sort. Elle voyait leurs visages, les visages de toute son équipe décimée, tous ces hommes qui comptaient sur elle. Special Agent in Charge dans sa première mission à la tête d’une cellule rouge… quelle putain de connerie !
La douleur s’estompa, rapidement, bien trop rapidement. Douleur illusoire d’un esprit qui savait qu’elle devait souffrir, qu’elle le voulait, qu’il ne pouvait en être autrement après tout ce qu’elle venait de subir. Chaque membre, chaque muscle semblait répondre un à un à ses sollicitations. Les visages des Agents Drill, Moals, Davis et Poehler, leurs voix, elle les voulait proches, prêts à surgir, non pour les pleurer, ce serait pour plus tard si elle en avait l’opportunité mais pour y trouver les ultimes ressources nécessaires.
Quand la fatigue et la lassitude se faisaient sentir après de trop longues heures en opération, les agents du SWAT avaient pour habitude de les vaincre en se focalisant sur les vies qu’ils avaient entre leurs mains. C’était toujours d’une redoutable efficacité. Ici il ne s’agissait plus de vies à sauver, mais de morts à venger…
— Vous ne vaudrez pas mieux qu’eux !
Immobile sur le siège ou l’avait déposée l'Agent Delaware, l'Agent Coalman sursauta violemment. Ses yeux demeurés clos s’ouvrirent brusquement, exorbités. Perdue, convaincue d’avoir réellement entendu cette voix, celle du marshal, de Clint, elle chercha son visage, ne croisant que celui de l'Agent Delaware.
L'Agent Coalman esquissa un fragile sourire alors qu’une lumière se fit dans son esprit. Elle leva la main, la porta au contact de la joue du dernier de ces hommes et effaça les traces de larme qui le marbrait.
— Ce n’est pas encore l’heure des larmes. Si nous sommes toujours là, ce n’est pas sans raisons. Puisque ces hommes s’en sont pris à nous, ils ne s’arrêteront pas là. Il faut arrêter ça. Réfléchis bien, ce n’est ni plus ni moins qu’un nouveau rendez-vous avec la mort que je te propose Canton.

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Canton Everett Delaware
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22 nov. 2015, 21:01

— La mort ? Je ne suis pas pressé de mourir à nouveau ! Mais vous pouvez compter sur moi Madame, je vous suis jusqu'en enfer pour arrêter ces pourris. D'ailleurs qui sont les gars mort dehors, qu'est se qui c'est passé au juste pendant que j'étais dans le caisson avec Céci ... ? l'Agent Delaware marqua un silence, alors que la gorgé d'eau qu'il avait pris ne voulait effacer le gout de cendre dans sa bouche.
Son regard avait changé. Plus de larmes, plus de tristesse. Mais une sinistre résolution.

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Trixie Coalman
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06 déc. 2015, 22:42

— Qui sont-ils ? Des agents de l’état tout comme nous sauf qu’eux ne sont apparemment pas tenus de s’en tenir au respect des lois en vigueur dans ce pays ; pas plus qu’ils n’ont de respect pour les vies humaines ! l'Agent Coalman cracha ces mots avec mépris avant de continuer la voix plus posée : Les services secrets de l’Oncle Sam ont donc décidé d’intervenir pour je cite : « Réparer nos conneries. » Officiellement ils devaient simplement récupérer Crow, les preuves, les dossiers de l’affaire et prendre la tangente ; Ils ont « oublié » de nous dire qu’ils avaient aussi décidé de faire le vide en éliminant les témoins gênants.
Non sans grimacer, l'Agent Coalman parvint à s’extraire de l’habitacle surchauffé. Elle resta silencieuse devant le spectacle désolé qui s’offrait à elle. Elle finit tout de même par se détacher des restes calcinés de l’hélicoptère et osa enfin poser son regard sur les corps sans vie des Agents Davis et Poehler. Elle se pencha auprès de se dernier comme pour se recueillir et prit une poignée de sable qu’elle laissa filtrer entre ses doigts. Puis elle referma sa main conservant vraisemblablement quelques grains coincés entre le pouce et l’index. Elle se tourna alors vers l'Agent Coalman, la main bien en évidence.
— Ils ont juste oublié le petit grain de sable qui peut détruite les mécaniques même les mieux huilées. Ce petit grain de sable qui a décidé qu’ils ne s’en tireraient pas comme cela, l'Agent Coalman soupira. Qui sommes-nous pour aller contre le destin ? La pierre s’est mise à rouler et à dévaler la pente ; non seulement il est trop tard pour l’arrêter mais j’ai bien envie de lui donner encore plus d’élan.
Elle secoua sa crinière, geste incontrôlé dorénavant bien connu du dernier de ses hommes. Elle venait de prendre une décision et elle allait s’y tenir.
— Aide-moi, nous ne laisserons personne derrière nous. Ils ne méritaient pas de finir comme ça… quelques larmes coulèrent à nouveau sur ses joues tannées par le soleil jusqu'à ce que son corps déshydraté ne dise stop.
Sans même attendre de réponse ou le moindre geste d’acquiescement l'Agent Coalman se redressa et avec toute la délicatesse dont elle pouvait faire preuve elle commença à tirer le corps de l’Agent Washington vers le véhicule.
— Non, ils ne méritaient pas de finir comme cela… sa voix n’était plus qu’un filet à peine audible.

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Canton Everett Delaware
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19 déc. 2015, 22:17

Ayant suivi l'Agent Coalman hors du vehicule, l'Agent Delaware vint, sans un instant d'hésitation, l'aider à récupérer les corps de leur collègues.
Il attrapa les jambes du corps inerte de l'Agent Washington, afin qu'ils ne traînent plus au sol... Ils ne meritaient vraiment pas ça, aucun de leurs collègues.
Le silence religieux de ce moment solennel se brisa avec la voix presque amère de l'Agent Delaware.
- Et donc, quel est notre plan pour la suite ? Crow étant mort, les agents qui voulaient nous tuer l'étant également, il ne nous reste plus qu'à rentrer, enterrer nos morts et... et ceux qui nous ont trahis !?
Une pointe de colère accentua la dernière phrase de l'Agent Delaware, alors que le corps de l'Agent Washington était déposé dans le véhicule.

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Trixie Coalman
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31 déc. 2015, 00:06

Tandis qu’ils s’escrimaient à charger les corps de leurs collègues dans le véhicule, l'Agent Coalman s’efforça de mettre l'agent Delaware au courant des derniers rebondissements de cette affaire insensée :
— Oh non, Crow n’est pas mort. Salement amoché peut-être mais encore bien vivant. Nous nous apprêtions à faire un remake d’Assaut de Carpenter, la voix de l'Agent Davis résonna dans sa tête alors qu’elle reprenait ses paroles. Mais nous nous sommes fait couper l’herbe sous le pied.
Parler rendait la tâche un peu moins difficile et peut-être cela l’aiderait-elle à remettre ses idées en place.
— Nous étions en possession de quelque chose dont nous étions sûrs qu’il voudrait le récupérer, sauf que des Men in Black ont déboulé en force pour prendre le contrôle de l’opération. Une huile de la sécurité intérieure, enfin bref les services secrets, nous a annoncé tout sourire qu’il récupérait l’ensemble des éléments patiemment réunis et fin de l’histoire… pour nous. Je te laisse imaginer la tête de Clint.
L'Agent Coalman se vit obligée de stopper quelques instants ; la volonté ne pouvait pas tout, et les tâches rougeâtres qui venaient brusquement d’obscurcir sa vue le lui rappelait durement. Elle regarda brièvement la dépouille calcinée de Cecil, se demandant s’il serait possible de le mettre lui aussi avec les autres.
— Lynch… la fameuse huile, ajouta-t-elle en réalisant qu’elle ne l’avait pas présenté, a omis de nous dire qu’ils avaient aussi l’intention de ne pas laisser de trace derrière eux. Ils sont passés à l’hôtel et ils ont éliminé Selena Evanoff de même que le jeune Black, le fils de l'Adjoint du Shérif, qui avait du les surprendre. Est-ce à ce moment qu’ils ont décrété de changer d’échelle ou était-ce déjà prévu…
L'Agent Coalman haussa les épaules et se remit en route.
— Je suis donc au regret de t’annoncer que ce sont nos propres forces qui sont responsables de ce carnage, et nous devons certainement leur mort à Coyote. Nous venions te récupérer après avoir découvert comment écouter les transmissions de ses salopards… Attend une minute, ils doivent être tous équipés. Il y a peut-être encore quelque chose d’utilisable.
Elle commença à se diriger vers la carcasse pour vérifier ses dires. Ils devaient avoir des oreillettes songea-t-elle en tentant de se remémorer leur arrivée au poste de police. Dommage que nous n’ayons pas de radio dans la voiture…
— Oh merde, les talkies ! Canton, regarde dans la voiture, tu devrais trouver des talkies-walkies.

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Canton Everett Delaware
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16 janv. 2016, 13:46

L'Agent Delaware resta sur le cul. Totalement. Malgré ce à quoi il s'attendait, il n'était pas préparé à entendre ça. Tous ces morts. Comment leurs propres forces avaient put faire ça ?
La remarque sur les talkies de l'Agent Coalman le sortir de sa torpeur, et instinctivement il se dirigea vers le véhicule, et commença à inspecter chaque compartiment.
— Et vous étiez en possession de quoi au juste ? lança l'Agent Delaware à travers de la portière de la voiture ouverte.

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Trixie Coalman
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17 janv. 2016, 16:06

Question logique que pourtant l'Agent Coalman aurait préféré esquiver. Elle continua ses investigations, conservant quelques instants le silence pour se donner un temps de réflexion avant de répondre. Elle finit par se lancer; après tout c'était peut-être l'occasion de glaner quelques informations bienvenues sur la fameuse boule de bowling.
— Il s’agissait d’un objet sphérique d’origine inconnue et de la taille approximative d’un ballon de basket… celui que, d’après le Shérif, tu as récupéré dans le complexe. Tu ne te souviens pas ?

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13 sept. 2016, 19:02


[N.D.A. La suite de ce Chapitre fut écrite et publiée sans la contribution du coauteur Jérémie, interprétant le Protagoniste Canton Everett Delaware, ce dernier ne donnant plus ni suite ni signe de vie, quittant – par défaut – l'Histoire Marionnettes et Ombres Chinoises et le projet Il était u̶n̶e̶ notre fois...]
L’Agent Delaware aurait préféré ne pas s’en souvenir ; comment oublier ?
La fosse. Les victimes, incapables, faibles, chialantes, hurlantes, piégées mortellement ; jusqu’à la dernière seconde elles auront tenté de se libérer de son étreinte. Les canines de l’Indien – quel était son nom déjà ? – transperçant la peau, les molaires qui broyaient la chair, le sang qui inondait la gorge, chaud le sang… Les corps livides gisant à même le sol. Le crâne – son crâne – dans un bain d’acide, une belle façon de nettoyer toute trace de ses méfaits, et en prime de s’infliger une sacrée migraine. Les pieds qu’il perd… la marche ratée. Le sol, toujours plus bas. Sens dessous dessus. L'arcade salement coupée – ridicule, comme si la chair meurtrie pouvait être propre. Les fantômes hurlants, cadavres aux paupières arrachées s’accouplant à des écorchés à face de bureaucrate. Réfugié dans l’ordre et la morale, il singeait toute sa vie jusque-là.
« Merci Crow ! » pensa-t-il dans un sourire. « Amarok Crow, le loup corbeau, ils ont de ces noms les natifs des Premiers Peuples quand même. »
Et cette faim… – Qui a peur du grand méchant loup ? Elle. La fille respirait, suspendue quelques têtes plus haut, de cette respiration typique de la victime. Lente, sifflante. Elle sanglotait.
Assis sur le rebord dégoulinant des restes humains, il l’avait regardée. Un os, celui d’un fémur sûrement. Il suffisait de se baisser, de le ramasser, pour mieux jouer avec ; lourds avaient été les impacts contre le mur. Sans saveur. Sa mère lui avait pourtant appris à ne pas jouer avec la nourriture. Et la migraine qui lui sciait littéralement le crâne. Et cette douleur au fond des yeux. Au bord de la rupture.
Puis la merde. La vraie, un liquide marron, grumeleux, coulant le long de sa cuisse. Elle s’était chiée dessus la ruskov. Tout de suite moins bandant.
Il espéra qu’elle allait bien ; Selena… l’improbable fiancée. Petite salope aux chiffons de dentelle et ses porte-jarretelles. Elle s’était pissée dessus, avec cette respiration typique de la victime. Lente, sifflante. Ce qu’il avait pu la désirer. Il espéra qu’elle allait bien…
Puis le miracle. Le vrai, lui aussi liquide marron, clair, coulant le long de sa gorge. Un représentant d’aspirateur et ses sodas. « Ouvre un Coca-Cola, ouvre du bonheur ! », disait le vieux slogan sur les bouteilles que lui avait données ce gros bonhomme au teint rosi – quel était son nom à celui-là aussi déjà ? – au costume bleu, le plus bleu qu’il ne lui ait jamais été donné de voir dans sa misérable vie de singe. Le bleu de l’azur étalé sur ses vêtements, et la peau du visage striée par ses fines veines rougeâtres comme les nationales sur une carte routière.
« Sacré gros bonhomme ce Négoce Lloyd ! », avait-il pensé, sans être dupe une seconde du charlatan. « Avec un rire presque plus gros que lui. »
L’Agent Delaware n’avait pas saisi grand-chose de son discours sur les miracles, capables de débarrasser la création tout entière de la poussière, de la boue et même des maladies, capables de réaliser des souhaits à partir de rêves, des rêves à partir de souhaits, et même de déposer un rêve souhaité au creux de la main, et l’utilité des héros dans les histoires aussi… Charabia de commercial. Par chance il n’avait rien signé, pas de contrat, pas de bon de commande, rien, nada… – Pourtant son frère avait eu l’air de penser le contraire. – Et il était là, revenu, de bonne grâce plus que de bonne foi. À ne plus rien y comprendre, encore. Mais de toute façon l’Agent Delaware avait bien conscience de ne plus saisir grand-chose depuis un moment. Alors, un Voyageur Représentant Placier de miracles buvant des Coca-Cola avec lui dans le charnier d’un Indien cannibale zombie, ou un truc comme ça, pourquoi pas. Toute cette histoire puait le grand-guignol ; celle d’un autre, pas d’eux, des Dieux. Ça aurait fait rire l’Agent Davis tout son délire – quel trait d’esprit aurait-il fait, le gamin ? Sauf que le Wash on l’a plombé. Comme le psy Poehler. Comme Cécil aussi. Enfin, non, à corriger dans le rapport : Cécil, lui, il a eu le droit d’être vitrifié en petits morceaux tout juste coagulés.
Puis le sarcophage.
Puis la douleur.
Puis la mort. La définitive… si, l’on n’avait pas placé, dans le plateau de la balance, un troisième poids aux deux autres : l’enjeu. Là il avait enfin compris. Et le voir, lui, Coyote violer des conventions que l’humanité avait consacrées, et entonner son chant de guerre en la déclarant à de misérables pécheurs, exécutant l’office, pour, en un mot, son souvenir, l’avait conforté ; quand il l’avait vue, elle, l’Agent Coalman, protégée par l’immense épaisseur des sables, de tout son coeur, l’Agent Delaware avait béni sa destinée.
L’aube allait se lever, à l’heure des braises et sur la sottise des rêves capturés.
L’Agent Delaware en eut fini de se remémorer le génocide de ses souvenirs ; comment oublier ?
Sauf s’il en était venu à tout imaginer…
— Non, je ne me souviens de rien, répondit-il.
Un mensonge de plus ou de moins. Celui-là, tout le monde s’accorderait à y croire. Tout le monde…
— Vous venez, Agent Coalman ? Si ça ne vous fait rien, j’aimerais conduire. Et fumer une cigarette aussi.
l’Agent Delaware démarra le 4x4 ; il toussa, une fois, deux fois, trois fois.
— Vous n’aurez qu’à prendre le volant sur la seconde partie de la route.
« Oui, tout est Néant
Passage, vapeur, silence
Cependant. »
 — Kabayashi Issa

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19 sept. 2016, 16:10

La réponse de Canton fit tiquer Trixie. Elle n’était pas formée aux techniques d’interrogatoire et ne savait donc pas vraiment interpréter les silences, les non-dits et autres langages corporels, apanage des regrettés Agents Moals et Poehler. Pourtant elle avait compris qu’un aussi long silence avant de répondre ne pouvait signifier qu’une seule chose; devait-elle s’en formaliser ? Insister ?
« A quoi bon ? Laisse tomber ! De toute façon le train des événements est lancé, à pleine vitesse, et cela fait longtemps qu’il est trop tard pour espérer encore l’arrêter. Fonce et espère juste ne pas arrivez après la bataille ! » elle se plia de bonne grâce à l’injonction de cette petite voix dans sa tête qu’elle entendait de plus en plus fréquemment.
Pour un peu elle aurait répondu de vive voix et ne se contint qu’à l’ultime seconde de se cracher à elle-même ses quatre vérités.
Renonçant à chercher des talkies, elle prit place à l’avant, côté passager.
— Fume tout ton soûl, lui répondit l'Agent Coalman.

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20 sept. 2016, 22:46

L’Agent Delaware lui sourit. Un sourire triste, désolé ; de tout ça, de la suite aussi. Il roula, tassa, et alluma une petite cigarette, avec le même aplomb que les durs, que Clint Garett ; pour une fois, il fit illusion.
Les portières claquèrent, le véhicule démarra et accrocha l’aile d’un rocher stationné juste devant. Une formidable envie de rire résonna. L’illusion était brisée. L’Agent Delaware se mordit la lèvre et balaya nerveusement la cendre brûlante de sa cigarette sur les jambes de son dernier pantalon de costume. Par chance, pour une fois, sa tenue restait au complet.
Jusqu'à la ville il ne devait rien leur arriver de remarquable pendant leur route qui serait assez longue, vu le mauvais état des chemins, vu l’état de la situation. Alors chacun se sauvait du silence pesant et de ses pensées comme il le pouvait ; l’Agent Delaware en le brisant :
— Vous savez Agent Coalman, je sais pas quels étaient vos plans pour ce week-end, mais moi, je devais faire un barbecue avec mon voisin. Un sacré idiot, il est originaire du Wisconsin je crois, c’est pour vous dire, mais c’est un peu mon seul ami alors je lui pardonne. Puis j’ai reçu cette nouvelle affectation ; la promotion que j’attendais depuis des années, celle qui devait changer ma vie.
L'Agent Delaware devait redouter les fatigues de la route, ou il avait besoin d’évacuer ses paroles pleines d’inquiétudes inexprimables.
— Michael devait me présenter une jeune femme fraîchement divorcée, poursuivit-il, recoiffant ses cheveux d’une main agile en achevant sa phrase, satisfait de se trouver présentable dans le rétroviseur brisé. Deux enfants, dont un qui commençait la faculté cette année. L’autre rêvait à devenir technicien sur une plateforme pétrolière de ce qu’il m’a dit… Quel gosse de nos jours rêve de bosser sur une plateforme pétrolière, Agent Coalman ? Moi, quand j’étais petit, je voulais être astronaute, pour vivre de grandes aventures dans l’espace et sauver des princesses amazones sur des planètes interdites, comme dans mes bandes dessinées vous voyez, ou Docteur. Je crois que je faisais une fixation sur la SF, comme beaucoup de gosses de mon époque. Mais, j’ai suivi les pas de mon père… Lui, un ancien agent de la CIA, reclassé membre des Services de Sécurité du Président à la suite du Watergate. Il a même sauvé Reagan en 81. Puis le cancer l’a eu. Mais ça vous le saviez déjà je présume, tout était dans mon dossier, Agent Coalman.
L’Agent Coalman ne savait pas si elle comprenait, mais au fil de ce long soliloque, des images se déroulaient dans sa tête, comme un film. Un film découpé en puzzle au missile.
— Pour m’excuser du lapin il faudra que je leur ramène un souvenir de San Carlos, à cette jeune femme et ses fils, un truc bien natif du coin.
L’Agent Delaware posa son regard sur la terre brûlée, les restes calcinés, et à l’horizon la tempête de sable qui balayait, aspirait, tout sur son passage.
« Oui, tout est Néant
Passage, vapeur, silence
Cependant. »
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01 oct. 2016, 10:16

Le même paysage, brûlé, tanné par le soleil défilait. Un natif de la région aurait détrompé l’Agent Coalman, lui expliquant les différentes nuances d’ocre, qui l’habillait ou lui parlant des diverses strates géologiques qui le composait. Trixie, elle, ne voyait plus que des étendus monotones qui lui sortaient dorénavant par les yeux. S’arrachant sans peine de se morne spectacle, elle se tourna vers Canton. Finalement elle était heureuse qu’il ait insisté pour conduire. Canton, le rescapé, le miraculé… Elle ressentit un grand élan d’affection envers lui, pour ne pas l’avoir laissé seule.
Elle ne réalisa pas immédiatement qu’il venait de lui parler ; le son de sa voix lui parvint avec un décalage comme ces feux d’artifice que l’on voit de loin et dont le son des explosions vous parvient quelques secondes plus tard. Il lui arracha un sourire désabusé, qu’il ne vit probablement pas.
— Je n’avais pas fait de projets. Cela fait longtemps que je n’en faisais plus tu sais.
En dépit du vouvoiement qu’il avait maintenu, elle ne pouvait se résoudre à faire de même.
Elle poursuivit :
— Au début ou j’ai rejoins le SWAT, j’en faisais et puis à force de les voir capoter les uns après les autres, j’ai arrêté d’en faire.
« Pour changer, ta vie à changer, mais pas comme tu l’imaginais », songea-t-elle. « Si on n’y laisse pas notre peau, tu ne seras plus jamais le même. Elle aussi cela va sans dire. »
La seule chose dont Trixie avait conscience pour le moment c’était de n’avoir plus peur de mourir. Les agents exposés vivent avec ; ils doivent la dompter s’ils veulent être vraiment bon mais elle ne les quitte jamais. Pourtant elle réalisa qu’elle venait de la laisser derrière elle ; ce n’était probablement pas la seule chose qu’elle venait d’abandonner mais elle préféra ne pas y penser et se fit violence pour se concentrer sur ce qui lui disait Canton.
— Les dossiers ne sont que des enfilades de mots qui peuvent, quand ils sont bien établis, te donner quelques indications. Rien de plus. Pour comprendre une personne il faut la côtoyer. Elle te pardonnera Canton, tu es quelqu’un de bien ; si elle n’est pas sotte elle s’en rendra vite compte. Tu apprendras à connaître ses enfants et là tu comprendras pourquoi l’un d’entre eux à eu cette drôle d’idée de vouloir travailler sur une plateforme pétrolière. On croit tous qu’on a de drôles d’idées quand on est enfant, parce qu’on oublie qu’une fois adulte on ne met plus les choses en perspective de la même manière.

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19 mai 2017, 23:52

Dans la voiture, ils s’étaient alors remis à se taire, à meubler la conversation avec un silence et des non-dits, apaisés, un repos et une accalmie étouffée.
L’Agent Coalman aurait pu s’inquiéter de ce silence résolu de l’Agent Delaware, de son entêtement à ignorer toutes ses réflexions ; elle aurait dû au regard des évènements qui suivirent, mais qui – hormis l’Agent Delaware ! – aurait pu les prévoir.
Autour, à travers les vitres jaunies par le soleil hésitant à se lever, il n’y avait que le vent et quelques aboiements du silence pour rompre la vie morte de ce désert à l’allure cautérisée.
L’Agent Delaware sourit lorsqu’en moins d’un quart d’heure, un profond ronflement surpassa le bruit du moteur et de l’épouvantable climatisation ; abrutie de fatigue, l’Agent Coalman avait sombré dans un sommeil de plomb – ce fut pour retrouver sa peine plus vive encore au réveil.


L’Agent Delaware avait arrêté le véhicule au milieu du grand rien empli de vide. Le désert errait parmi ces ruines, des sculptures d’anciens cultes et déités morts. Près d’eux, à côté de la voiture, attendait immobile un gros monsieur tout noir, qui portait une sorte de petit chien ébène.
— Ne bougez pas. Dormez, Trixie. Je n’en ai que pour un instant. Je reviens… mentit-il dans un sourire triste.
Et elle le sut.
Et il referma la portière. En prenant bien garde auparavant de la verrouiller.
— Curieuse précaution, Canton, commenta sentencieusement le petit chien. Pour moi qui suis le gardien des portes du royaume des morts.
— Un excès de zèle faut croire.
— Je ne suis là que pour toi, Canton.
— Je sais, ça ne m’empêche pas de me faire du souci pour elle.
— C’est inutile, Canton.
— Un excès de zèle t’ai-je dit. Bon, on y va ?
— Tu ne supplieras pas et ne chercheras pas à me tromper, cette fois ? Cela aussi serait inutile, Canton.
Le gros monsieur tout noir jusqu’alors impassible retroussa ses lèvres charnues sur de larges dents gâtées et carrées.
— Non, répliqua l’Agent Delaware. Je ne suis là que pour toi, Anubis.
— Tant mieux. Car mon frère et ses ruses ne te seront d’aucune aide, cette fois. Il les a tous affranchis de nos frontières en déchaînant son courroux, brisant l’équilibre imposé des Dieux Très Anciens. Débarrassés de cette argile soumise aux lois de la réclusion, qui m’obligeait naguère encore par dédain, désormais ils sont libres de parcourir et d’agir avec et sur votre monde qui fut leur, ici chez lui – Coyote – aussi ; les autres Dieux immémoriaux eux aussi ont perçu son acte de défiance à l’égard des arcanes cosmiques. Lui qui ne souhaitait qu’être souvenu, sa colère a ravivé bien plus, son existence et la nôtre toute entière. Déjà les cultes honteux des idoles chantent des hymnes, et l'univers se contorsionne sans cesse au son de la mélopée monotone d'une flûte, en l’honneur de la reconquête des éléments – le feu, aux tentacules de verre du Grand-Père des Braises – la terre, le sombre royaume souterrain baigné de lumière rouge dont les tunnels ne laissent imaginer tout ce qui grouille sous vos pieds à la Source Inachevée – l’eau et ses profondeurs abyssales perverties, qui cachent en leur coeur aux angles non-euclidiens couronné d'un monolithe le premier demi-frère maléfique – l’air du Grand Abîme et la foudre-sans-lumière – et le noir éther au bord et dans le dedans de l'espace cosmique. Les rêves aussi ont leurs contrées… Initiés à notre connaissance, vous le serez bientôt tous, l'humanité. Mon frère a délibérément choisi d’agir directement, lui, trahissant bien des secrets dont il était le gardien, le messager. Le passé, le présent, le futur, tous seront un, car la porte s'ouvrira. Ce qu’il y a encore de très remarquable, c’est que sa nature de décepteur – de faux frère ! – n’intervient nullement dans ses actes d’inhumanité égoïstes en temps ordinaire. À l'écoute des lourds tambours a-t-il agi à sa guise ? À croire que ce sont là ses émotions qui ont parlé…
— Il ne doit pas être très causant au quotidien ton monstrueux hippopotame de compagnie, là… n’est-ce pas ?…
Le gros monsieur tout noir ne sembla pas aimer être surnommé le monstrueux et en témoigna d’un grincement de dents.
— Ammut, je crois, c’est ça ? poursuivit l’Agent Delaware. Pour que tu aies autant le besoin de me parler, Anubis, il ne doit pas être très causant au quotidien l’Ammut.
— Allons-y. Il est temps, Canton, répondit seulement Anubis.
Dans sa malheureuse situation, l’Agent Delaware était fort disposé à oublier ses principes d’éducation et y répondre avec insolence, surtout à un dieu. Il s’était à peine forcé, et pour cela avait singé l’Agent Davis – feu l'Agent Davis. Aussi fut-il fier de la charmante vexation qu’il venait de faire subir au Dieu de la Mort.
— Je ne suis pas vexé, Canton. J’ai voulu t’offrir un peu de compréhension avant que nous partions.
Fere libenter homines id quod volunt credunt…
— Je ne parle pas latin, Canton.
— Ni moi le dieu…
Le dieu sauta des bras du gros monsieur tout noir et frotta avec plein de condoléances ses flancs sur les chaussettes en berne de la silhouette d’un homme résigné depuis trop longtemps, avant d’ouvrir la porte. Cependant il ne lui adressa pas la parole, et l’Agent Delaware suivit le chacal à quelques pas de distance. Il marcha tout droit dans son ombre.
— Anubis …
— Oui, Canton ?
— Dois-je avoir peur…
— Oui, Canton.
Avant de poursuivre :
— Mais cela aussi serait inutile, Canton. Maintenant la balance se tient immobile et en équilibre. Pourtant, quelque part, on vient de placer, dans le plateau, un troisième poids très supérieur aux deux autres.
En chemin l’Agent Delaware perdit toute vie.
— Coyote. Loup. Corbeau. Chacal. Crocodile. Lion. Hippopotame. Et moi le singe ! Tous jouant à saute-mouton… Ah, non ! C’est vrai, eux aussi sont morts. Dans le fond, toute cette histoire n’est qu’une fable n’est-ce pas ?
— Sauf qu’il n’y aura aucune morale, Canton.
— Toutes les histoires n’en ont pas nécessairement… Généralement, les hommes croient ce qu'ils veulent croire.
— Je suis désolé, et il semblait l'être.
— Moi aussi, et Canton l’était.
Un silence tonitruant accueillit le nouveau décès de l’Agent Canton Everett Delaware. – Puisse-t-il reposer en paix, cette fois !
Seules, des milliers d’étoiles et l’Agent Coalman continueraient de veiller sur les routes à présent vides qui sillonnaient le désert aux portes de la ville.
« Oui, tout est Néant
Passage, vapeur, silence
Cependant. »
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Trixie Coalman
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26 mai 2017, 00:49

L'Agent Coalman n'avait pas su comment…

Dormait-elle seulement ou était-elle éveillée ? Rêvait-elle ou préférait-elle croire que c’était le cas ? Au fond était-ce si important de le savoir ? Pas vraiment. Si c’était vrai qu’elle rêvait, elle était sûre de s’en souvenir à son réveil et si elle était éveillée, elle était certaine que ses rêves seraient hantés pour le reste du temps qu’il lui était imparti. Sa tête dodelinait au rythme de cahots qui n’existaient plus qu’à l’aune de ses souvenirs ; tient donc encore ces fichus souvenirs, souvent fugaces et pourtant capables de provoquer du bien-être comme de détruire une vie.
Elle sourit, dû moins le pensait-t-elle, à Canton. Que pouvait-elle faire d’autre ? Se disputer ? Négocier ? Rompue à toutes ses simagrées, elle en connaissait les tenants, les aboutissants et donc leur limites, voir leur inutilité dans le cas présent. Non, elle devait faire bonne figure.
— Un bon petit soldat, hein Trixie, comme toujours ? résonna dans sa tête la voix de son père…
Ah il avait le chic pour trouver le moment idéal de se rappeler à son bon souvenir ce salaud ! Comme à chaque fois qu’elle pensait à lui, ses yeux picotèrent aussitôt, mais elle ravala sa tristesse et sa rage ; ne pas pleurer. Si Canton se retournait, ce n’était pas ce spectacle qu’elle voulait lui offrir.
Faire bonne figure envers et contre tout.
Un éclair de lucidité la traversa un instant. Elle rêvait ! Maintenant plus de doutes ; enfin peut-être. Un chien qui parle, ça n’existait que dans les dessins animés ou dans les rêves car tout y était possible, n’est-ce pas ? Elle ne l’entendait pas, mais elle en était certaine, il était bien en pleine conversation avec Canton. Elle aurait pu décaler sa tête pour mieux voir ; elle le pensa mais ne le fit pas. Elle savait qu’elle serait incapable de bouger ; c’était un drame en un acte dont elle n’était pas l’un des protagonistes.
Elle ne voyait pas l’homme en noir. Certainement que le peu de stabilité mentale qui lui restait encore avait fait en sorte de l’occulter pour la protéger. Peine perdue, le faciès statique de ce dernier s’anima juste ce qu’il fallait pour diriger les projecteurs de sa conscience sur lui. Elle ne tressaillit même pas. Elle n’en eut pas le temps. Presque aussitôt le chien jaillit des bras de l’homme vers Canton ; le dénouement était proche.
Et le voilà qui s’éloignait, silhouette longiligne dans le soleil levant. Pas une hésitation, pas un regard en arrière… Brusquement, finissant de sortir de son sommeil, le soleil darda insolemment ses rayons… fondu au blanc…

Combien de temps l'Agent Coalman était-elle restée comme cela ? Impossible à dire. Elle se glissa péniblement vers le siège conducteur, grimaçant avec le réveil de ses courbatures. Elle ouvrit la fenêtre, puis laissa longuement errer son regard dans la direction prise par le dernier de ses hommes, parti rejoindre les autres, vers un monde meilleur, voulait-elle croire.
— So long, Canton…
Un picotement dans sa gorge; encore ce foutu sable certainement. Elle toussa, éructa et finit par tourner la tête pour cracher. Le moteur hurla ; elle voulait absolument briser le silence qui l’entourait. Le véhicule bondit en avant, laissant au passage de la gomme sur la route. Ce n’était pas seulement un peu de salive qu’elle venait de laisser derrière elle. Elle devait avoir le regard d’une tueuse, le visage implacable et elle en connaissait quelques uns qui allaient devoir payer pour tout cela, quand bien même ils n’étaient pas les principaux responsables. Pourtant, la rage, la vengeance aveugle qui l’habitait était restées également. Il fallait qu’elle demeure calme et lucide. Elle lui, leur, devait bien ça.

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29 mai 2017, 17:02

La route elle la connaissait par coeur. Sa poussière, ses cailloux, ses trous ; emplis de souvenirs et de cadavres. Six jours qu’elle se la bouffait dans tous les sens, cette « route du démon ». Dieu aurait créé le monde en sept. Il n’en avait fallu qu’un de moins pour que ses petits copains l’atomisent, avec l’aide de quelques fils de putes du gouvernement de plus ! Et après tout, la semaine n’était pas terminée…
« Unité RED », qu’ils disaient s’appeler, et Agent Lynch… Elle allait leur en donner du rouge. Lucide ! L’Agent Coalman serait tout ce qu’il y a de plus lucide quand elle leur trufferait leurs gueules de plomb ; un véritable rite apache de fertilité puisque leur sang abreuverait San Carlos.

Hey, heya heya…
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09 juin 2017, 19:50

L'Agent Coalman laissa le véhicule avaler les miles, un à un, concentrée sur une seule chose; le long ruban noir hypnotique, longue cicatrice qui défigurait un désert faisant pourtant tout ce qu'il pouvait pour reprendre ses droits. Tout était statique ou presque. Quelques virevoltants passaient devant elle, paresseusement poussés par un vent qu'elle imaginait aussi sec que ses lèvres fissurées. Derrière, le soleil rasant illuminait le panache de poussière qu'elle soulevait sur son passage. Un vague sourire défigura sa bouche ; Joker style. La fin ? Soit, mais elle ne partirait pas seule, elle ne voulait plus être seule. Elle se laissa porter par la musique de ses souvenirs, écrasant encore un peu plus l’accélérateur. Freiner ? Non, ou plutôt si, quand les faubourgs de San Carlos commenceraient à se dessiner, juste le temps de jauger de ce qui l’attendait.

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11 juin 2017, 22:05

Voilà que commençaient les chicanes au pied du réservoir – frein à main – rétrograder – relâcher la tension – enfoncer leurs crânes ! Pressée, nerveuse, lucide. Puis vite, plus vite et en route directe, une route de onze miles de long qui mènerait à la ville.

Hey, heya heya heya…
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12 juin 2017, 12:47

La voiture traçait sa route ; dernière ligne droite, au sens propre comme au figuré. Déjà les contours de la ville s’esquissaient, floutée par la chaleur ondoyante. A regret l'Agent Coalman leva le pied. Un instant libre, les épaules plus légères, celui d’après de nouveau lourdes à mesure que sa vitesse décroissait. Les mains serrées sur le volant, elle se pencha légèrement en avant, fouillant l’horizon du regard.

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12 juin 2017, 13:52

Les tourbillons de flammes qui obscurcissaient l’horizon parlaient une funeste langue, facile à comprendre. Il était inutile de se référer à un chaman pour interpréter le divin.
« Un code 10-2000 au commissariat de San Carlos », gueulait la radio. Pourquoi ? La vie n’était plus en danger. À en croire l’absence de témoins, aux cris des ruines et jérémiades des débris, on devinait ce que les survivants avaient enduré ces dernières heures : entre balles perdues, tirs de roquettes, soldats, hélicoptères en rase-mottes, le commissariat – et ses rues barrées de checkpoints barbelés – n’y ressemblait pas seulement. San Carlos était une zone de guerre.
L’Indien – Amarok Crow – était venu récupérer ce qui lui appartenait, sa sphère, son vaisseau, et achever sa nourriture au passage.
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13 juin 2017, 16:50

L’Instinct parla une fois de plus et son pied écrasa la pédale de frein. Bien lui en prit, des obstacles de toutes sortes se dressèrent très rapidement entre elle et le commissariat. Ou qu’elle le pose, une désolation dantesque s’offrait au regard de Trixie. Dans ses souvenirs si proches et en même temps si lointains, la ville ou une bonne partie d’entre elle, avait été évacuée. Elle priait pour que cela ait été le cas. Le cœur au bord la rupture, elle commença à faire louvoyer la voiture au plus près de son objectif. Dans une lutte de tous les instants contre l’envie de conserver ce dernier en point de mire, tel un naufragé apercevant une bande de terre providentielle, elle eut toutes les peines du monde à se convaincre de rester vigilante.

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15 juin 2017, 10:56

Rien n’avait été épargné.
– Avaient-ils eu le temps d’évacuer ?
Sûrement personne également.
Les cadavres amoncelés dans les fortifications de la ville, qui par là se voyaient exposés aux plus fortes chaleurs, dégageaient une odeur intolérable. Une vision sombre et grandiose difficile à oublier, une de plus.
D’abord il y eut le hululement des sirènes d’alerte qui prenaient la ville comme une meute de… coyotes. Puis les soldats apparurent comme de hauts brins d’herbe, tout se perdit dans une foulée de poussière, se déversèrent, armes en joue, fondirent sur leur antagoniste – l’Agent Coalman –, avec dans l’intention, absolument déterminée, de plomber tout ennemi ; ainsi que tout survivant non identifié qui pouvait avoir encore la curieuse idée d’être dehors, et qui refuserait de se soumettre à la loi martiale. San Carlos en était déchue là. Se voyant couverte de poussière, au milieu d’un cercle de soldats et de menaces, l’Agent Coalman comprit qu’elle devait être la cible de leurs intentions.
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15 juin 2017, 16:38

Trixie sentit le charnier avant de le voir ; nouvelle vision apocalyptique crescendo. Elle arrêta son véhicule, après la solitude ses sens en déroute face à toute cette vie qui venait de s’animer si brusquement devant elle. Combien étaient-ils ? Déjà trop nombreux pour les dénombrer, sans compter ceux qu’elle ne voyait pas. Combien de snipers, avides de cibles, l’avait déjà dans leur lunette ? Elle choisit de ne pas attendre de les laisser s’approcher, et montra dans un premier temps ses deux mains paumes ouvertes, avant d’ouvrir précautionneusement la portière et de s’extirper toujours mains en vue.
Trixie attendit, ses yeux braqués sur un soldat choisi au hasard ; ses pensées, chaotiques, étaient prises dans un tourbillon sans fin à l’inverse de son visage dénué de toute émotion.

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19 juin 2017, 23:34

— Salope …
Il la reconnut. Il n’aurait jamais cru qu’elle puisse être encore en vie…
— … la petite salope ! puis il se rappela ses ordres : Baissez vos armes, rangers ! C’est un ordre ! Baissez vos armes, elle est des nôtres ! Soldat, baisse ta putain d’arme avant d’avoir la gâchette de ta manette qui vibre toute seule. Je vous préviens rangers que le premier qui tire son coup avec elle je lui fais un second trou de balle…
Et ses ordres n’étaient pas de nature à être contredits, pas plus que la sienne de nature.
Clint Garett.
Sergeant Major Clint Garett.
Marshall Clint Garett.
Garett, le mec aux couilles plus grosses que l’état d’Alaska (dont il était natif). Garett, le mec au langage plus vulgaire qu’un cow-boy texan (un jour il avait attrapé un fugitif au lasso, disait la légende, et l’aurait livré au procès à cheval, ajoutait Garett). Clint, son mec…
… et plus encore, s’ils s’en sortaient vivants.
Il avait hurlé si fort qu’il en avait fendu la confusion, et les rangers, gris comme comme leurs uniformes, figés comme des statues, fixaient tour à tour les deux qui se retrouvèrent.
— Trixie …
Il avait ouvert la voie ! Il la prit dans ses bras. Éclairé par les premiers rayons de soleil ou par la poussière, il trônait en guerrier au milieu des sables fatigués de ses ruines. Il avait une sale mine, les yeux cernés et rougis – la poussière ! –, la voix tremblante – les clopes ! –, et son corps avait épuisé le peu de force qui lui restait en blasphèmes et injures ; et un peu de sang sur le col de sa chemise, remarqua l’Agent Coalman. Mais il était vivant.
Clint était vivant.
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22 juin 2017, 18:22

Blottie dans ses bras, le visage au creux de son épaule, elle sentit une larme couler le long de sa joue desséchée ; son corps déshydraté avait semblait-il encore quelques ressources.
— Clint…

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27 juin 2017, 16:53

Ce n’était pas une pause romanesque, c’était une pause prolongée d’humanité. Elle signifiait tout. Elle était nécessaire.
D’un regard au 4x4, Garett comprit que personne d’autre n’en sortirait. Il se serra d’avantage contre elle.
Il reprit son visage de dur, de grande gueule, de connard :
— Agent Coalman, ravi que tu ailles bien.
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28 juin 2017, 15:04

A regret, l'Agent Coalman se dégagea en douceur de l’étreinte au combien rassurante de Clint. Elle capta son regard et pour la première fois depuis ce qui lui semblait être des lustres, l’esquisse d’un sourire adoucit son visage meurtri. Sa main vint caresser la joue mal rasée du marshal.
« Son homme », pensa-t-elle brusquement, ce qui la fit sourire plus franchement… un simple et court instant ; une ombre planant de nouveau.
— Ravie de te retrouver… et les autres ? Les trois derniers mots furent prononcés la gorge nouée.

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28 juin 2017, 16:52

Lui aussi lui sourit.
— Les gars, voici l’Agent Coalman, SAC, BAU, FBI ; formée chez les SWAT, la présenta-t-il aux soldats. Coalman, je te présente le 75th Ranger Regiment.
Ils la saluèrent derrière leurs foulards ; l’air poussiéreux charriait une odeur pestilentielle rendue si insupportable par la chaleur qu’elle obligeait les habitants comme les militaires à porter un masque. Seul Garett respirait à pleins poumons ; des années de goudron sans filtre ça endurcissait n’importe quel cow-boy, se justifierait-il sûrement en grand cliché.
— Je suis allé les chercher à Tucson, je m’attendais à ramener des vrais soldats de l’USAF, même deux ou trois bombes nucléaires sous le manteau pour tout nettoyer ici, finalement ce sont eux que l’on m’a refilé à la base. Des rangers stationnés en renfort du 309th de la Davis-Monthan Air Force Base. C’est toujours ça de pris. Et ils font couleurs locales ; comme nous, ils sortent tout droit du cimetière…
L’Agent Coalman avait lu ce nom sur les cartes, ils en avaient discuté avec le Sheriff Colorados lors d’un briefing sur la région ; ça lui revint : Davis-Monthan Air Force Base, le service de stockage et de maintenance d’avions de l’United States Air Force, ou la casse des coucous aux ailes brisées.
Sans chercher à adoucir ce monde merveilleux, les sourires provoqués par les railleries de Garett étaient les bienvenus. Et si l’Agent Coalman ignorait leur nombre exact, et les informations dont ils disposaient, pour sûr les soldats renforçaient les effectifs locaux, et eux étaient entraînés à la guerre – car il n’y avait pas d’autre mot pour qualifier la situation. C’était la guerre !
— M’dame, nous sommes là pour vous épauler, vous et le Sergeant Major …
— Marshall maintenant petit, corrigea Garett. Je suis rien de plus qu’un marshal boiteux qui s’enfile sur le câble des rétrospectives aussi vieilles que moi.
— C’est ça, Marshall, à d’autres…
— Ta gueule bleu bite ! Tu voudrais pas manquer de respect à un aîné de trois fois ta puberté, soldat ?! Il l’oublia sur place, pour recentrer toute son attention sur l’Agent Coalman : Tu l’auras compris, pour nous aussi ça été un peu plus que le Jugement dernier…
Il avait dit ça sans fioritures ni effet dramatique. L’air lourd et désolé.
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02 juil. 2017, 14:10

Haut les cœurs Trixie, pensa l’agent Coalman. Au milieu de tous ces hommes, aux côtés de Clint, elle sentait revenir de vieux réflexes, d’anciennes sensations du passé que les évènements n’avaient pas su éradiquer et qui pourrait l’aider à boire le calice jusqu’à la lie.
— Ne l’écoutez pas, il aboie plus qu’il ne mord et il a encore de beaux restes ! En tout les cas, merci d’être là les gars ; c’est un foutu cadeau qu’on vient de vous faire.
Trixie tourna sur elle-même, balayant du regard l’étendue du champ de guerre qu’était devenue la petite ville sans histoire de San Carlos, puisant de la force dans la colère qu’amplifiaient les images qui imprégnaient sa rétine. Elle reprit la parole, d’une voix plus ferme, plus assurée, approchant les intonations dont elle usait quand elle faisait part de ses instructions à ses hommes.
— Qu’elle est la situation ? Crow est-il toujours dans les parages ? Coalman se tourna de nouveau vers Clint et le soldat qui s’était adressé à elle.
— Et avez-vous des nouvelles de ce cher Agent Lynch ? elle parla d’une voix doucereuse que le marshall ne lui connaissait pas ; pas plus que l’éclair meurtrier qui luisait dans son regard.

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03 juil. 2017, 16:00

— Aucune nouvelle de Lynch, répondit Garett avec fermeté, laissant comprendre que lui aussi avait des comptes à lui rendre, et en phalanges la petite monnaie. Sûrement dans un de ses centres d’opération mobiles ; des deux bouts de la N70, en guise de barrage, les Men in Black ont installé leurs camions équipés de tout le bordel satellite et d’instruments de brouillage qui se respecte. À moins qu’il soit là-haut, faites-lui coucou les gars à cet enfant de putain !
Et son rude doigt d’honneur salua les trois hélicoptères qui balayaient le vent et l’horizon ; sa chance qu’il soit bien reçu était proche de nulle. Aujourd’hui plus que jamais, l’aube était morne. Il semblait que le soleil s’était ensablé dans le désert, sans pour autant y découvrir la lumière que tous souhaitaient si ardemment y retrouver.
— Bon, sinon Coalman, pour la situation tu veux un briefing complet ou moi aussi je survole sans me soucier des détails et vais juste à l’essentiel ?…
« Détails », ce mot lui avait arraché une grimace. L’Agent Coalman ne sut pas comment l’interpréter, de douleur ou de colère.
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04 juil. 2017, 18:04

— L'essentiel suffira...

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07 juil. 2017, 08:30

— Voici le topo : Comme tu l’auras compris un périmètre de sécurité a été dressé par les concierges de Lynch, ils nous confinent autant que notre parasite, impossible de sortir de la zone par la nationale sans tomber sur un de leurs barrages. Leurs hélicos balayent les quatre points cardinaux et, même s’ils ont l’air relativement occupés avec l’engin qu’ils ont greffé entre les patins d’atterrissage, ils sont lourdement armés. Je ne suis pas absolument certain, mais je dirais des AGM-114 Hellfire, FIM-92 Stinger, Strarstreak HVM, AIM-9 Sidewinder, et sans oublier des roquettes Hydra-70 pour l’entretien sanitaire. C’est ce qui nous est tombé sur le coin de la gueule quand ils nous ont filé « un coup de main ». Enfin façon de parler, car nous aurions pu jurer de notre point de vue, celui du sol, qu’ils ne cherchaient pas vraiment à viser pour nous épargner lors de l’assaut, plutôt à faire le ménage et le grand. Le recours à une rhétorique musclée tout droit sortie de leurs célèbres opérations gouvernementales de « Desert Flush ».
» En aparté, désolé pour la fixette sur l’astiquage, mais je commence à être sérieusement lessivé moi. Te revoir vivante, ça me fait penser que je n’ai même pas fini de repasser ma pile de linge sale, et qu’à tous les coups tu vas vouloir prendre le côté gauche du lit. Car je te préviens Coalman, que ce soit dit, si l’on s’en sort, je te sors le grand jeu comme un vieux de mon âge sait encore le faire : cinéma de plein air, pop-corn, et milkshake double boule fraise chez Moody’s, puis au troisième ou quatrième rendez-vous, là j’oserai peut-être te passer le bras au-dessus de l’épaule. Country vieille école, my Lady… I'm a poor lonesome cowboy, and a long way from home… Mais je sais encore être romantique.
» D'ailleurs ouai, je t’ai mentionné l’assaut, car au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, San Carlos avant ton départ c’était peut-être pas Venice Beach mais c’était pas non plus Kaboul. Nous devons cette redécoration d’extérieur à leurs tirs pour attraper Crow. Si on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, pour le coup je leur donne raison, les missiles semblent plus appropriés. Personnellement je t’ai déjà touché un mot sur ma préférence : nucléaire !
» Et oui l’Indien – notre parasite – a fait son comeback, comme si de rien n’était ; tu sais le mec que nous avions normalement tué à la centrale ?… En fait non. Il va bien, il devait juste faire une sieste pour se refaire une santé. Et tellement ce fantôme est une salope de ninja, qu’il aurait tout autant pu faire le chemin entre sa planque et le commissariat une bonne dizaine de fois en écoutant le Re-recorded de Gloria Gaynor – la seule, la grande, l’unique – avant que nous nous rendions compte qu’il nous sirotait aussi nos Root Beers. Va savoir si d’ailleurs il ne l’a pas vraiment fait, j’ai toujours pas remis la main sur ma canette moi… Amarok Crow, un guerrier de l’ombre formé chez les Delta Force, dit son CV. Il m’a bien l’air sous-évalué : ce mec, pour ce qu’il en reste, est pire. Bref. Il est venu jouer à domicile. Il a constaté que nous n’avions plus ce qui lui appartenait. Il a scalpé une durite, et nous avec. Puis là seulement il s’est de nouveau évaporé…
» Voilà. Tu sais tout à quelques détails près. Inutile de me demander où se trouvent l’un et les autres, aucune idée. À maintenant, heure locale, nous ne sommes plus que vingt-six sur le pied de guerre ; car faut pas te leurrer Coalman, c’est la guerre, et bien la nôtre ! Sur les vingt-six, toi compris, nous sommes que quatre à avoir suivi toute l’affaire, si tu vois ce que je veux dire. Enfin quatre chez les gentils… car à tous les coups du côté de Lynch ils sont plus nombreux et sûrement mieux informés.
Garett avait déblatéré l’essentiel tout en errant vers un désespoir dérouillé. Les pierres des bâtiments et les démolitions explosives ordonnées pour la défense avaient accumulé des tas au milieu des rues. San Carlos avait besoin d’une grosse pluie d’orage, pour se laver l’âme, pour vider ses artères de tout le sang et les ruines qu’elle accumulait. Et eux, erraient parmi ces ruines, tenant à peine en équilibre sur celles qu’étaient leurs corps.
— Pour la conférence de presse, et ses détails techniques je te laisse décider si tu es à jour du côté de tes vaccinations et si tu as pris rendez-vous avec le Seigneur, ajouta Garett, à la porte de la vieille chapelle, jadis blanche et belle sous sa dentelle de pierres, que le temps et les hommes avaient déchirée.
De l’autre côté de la rue, pour ce qu’il en restait, se dressait encore fièrement le mur et sa mosaïque ethnique : une représentation d’un coyote digne des plus grands chefs-d’oeuvre. Presque toutes les marches de la chapelle, comme dans les petites du Mexique comme dans les grandes d’Europe, étaient ornées de lampions de couleur pour les défunts.
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09 juil. 2017, 14:53

— And this poor lonesome cowboy, has got a long long way to roam…
Clint avait touché Trixie droit au cœur, comme elle ne pensait pas qu’il eût été encore possible. Pourtant elle ne voulait, ne pouvait pas se laisser aller comme elle l’aurait souhaité. Trop de morts déjà, beaucoup trop et il faillait faire en sorte que cela cesse. L'Agent Coalman écarta une mèche de cheveux collante qui gênait son regard, geste machinale dont elle ne se rendait même plus compte depuis bien longtemps. Les sourcils froncés, elle n’était qu’à la moitié des marches quand elle tourna le dos à Garett, pour observer encore une fois le champ de ruine. Elle s’attarda sur la mosaïque alors que les paroles du marshal résonnaient toujours dans sa tête.
— Arrêtes moi si je balance une connerie. Les sbires de Lynch ne cesseront de déchaîner le feu de l’enfer que lorsqu'ils seront sûrs qu’ils se sont débarrasser de Crow et ce dernier n’a qu’une idée en tête, récupérer sa boule de bowling ?
elle ne savait pas comment l’appeler autrement et n’en avait de toute façon pas envie.
— Comment peut-on être certains qu’il est toujours dans le périmètre ? Il a pu partir et la suivre… ils ne sont quand même pas suffisamment idiots pour l’avoir conservée dans le coin ?

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13 juil. 2017, 13:59

— Tu viens de le dire : nous n’avons aucune certitude, juste nos morts ; et encore…
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Trixie Coalman
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19 juil. 2017, 13:30

Depuis le début c'était David contre Goliath. Il leur avait fallu longtemps avant de s'en rendre compte et l'addition était sacrément salée. Maintenant, comme si cela n"avait pas suffit, ils se retrouvaient entre le marteau et l'enclume, pauvres souris coincées dans une expérience destinée à faire, comme de bien entendu, accomplir un grand pas pour l'homme. Le connaissant, Garett devait bien avoir une idée derrière la tête; contrairement à elle, il était sur son terrain.
— Qu’envisagiez-vous de faire avant que je n’arrive ?

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uaervaftnecniv
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20 juil. 2017, 23:21

— Faut pas se leurrer, je veux dire que nos moyens militaires et policiers sont complètement illusoires. Nous n’avons pas de cible, rien. Juste du sable et du sang.
Il y avait là un défaitisme chez Garett qui étonna au plus haut point l’Agent Coalman. Lui, le Marshall Clint Garett, aurait-il fini par céder ?
— Mais nous avons sécurisé nous aussi nos accès principaux, à la hauteur de nos moyens comme tu as pu le voir en te la jouant Rapide et Furieuse, en déplaçant des voitures pour des barrages de fortune. Les policiers en état jouent les nurses, côté fantasme il y a de quoi amputer toute demi-molle. Nous cherchions à rétablir une des pompes à eau d’abord, à organiser le rapatriement des survivants sur Globe aussi, et nous nous creusions le crâne sur le cas de Mangas. Bref, nous nous la coulions douce en gros.
Un Garett vivant ne cède pas. Pas plus que mort. Il souriait, crispé.
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24 juil. 2017, 08:31

— le cas de Mangas ? Qu’est-ce qu’il a ? Il est blessé ?

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24 juil. 2017, 15:04

— Le Sheriff Colorados est mort, dit solennellement Garett.
Les remous de sable, catalysés par le vent, apportèrent à l’Agent Coalman et les chuchotements rauques et elle ne sut quelle odeur rance.
— Le fait est que mon vieil ami a un esprit de contradiction endurci, surtout quand il a matière à me faire chier ; sa blessure est guérie, sans traces…
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24 juil. 2017, 16:05

Malgré la chaleur écrasante, elle frissonna.
— Sous-entends-tu par là qu'il est revenu?

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24 juil. 2017, 16:32

— Mangas est pétri de contradictions, mais pas à ce point. Il est mort, aussi raide mort qu’il est possible de l’être après avoir encaissé du .40 S&W à bout portant.
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25 juil. 2017, 13:10

Au temps pour elle ! Il semblerait que le seuil d’acceptation de ce que l’Agent Coalman était prête à encaisser soit allé au-delà de ce qu’ils étaient en train de vivre.
— Je sais combien vous étiez proche et je t’épaulerai pour faire tout ce qu’il faut pour qu’il repose en paix, il le mérite. Avant cela il faut s’occuper de…. la jeune femme se mordit brusquement la lèvre. Eh, une minute, tu as dit du .40 S&W ? Que s’est-il passé exactement ?

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25 juil. 2017, 15:56

— Un crétin qui a cru bon de jouer les fiers guerriers apaches, au corps à corps avec un Delta Force drogué à je-ne-veux-pas-savoir-quoi… Crow lui a arraché la trachée à la main, sans effort, et avec son arme a abattu Mangas avant que l’idiot ait fini de glouglouter.
Garett marqua une pause. Il avait les traits tendus, crispés, tirés, il avait l’air brisé, sa figure vivait sur les nerfs.
— Je n’étais pas seulement ami avec le jeune coyote, reprit-il. Tous ici sont mes proches. Tous méritent de reposer en paix.
« Ici », Garett avait désigné du geste la chapelle bien sûr, mais aussi la ville tout entière, et le désert comme pour dire qu’ici c’était partout, c’était sa famille. Après tout, l’Agent Coalman se souvint qu’il parlait lui aussi un dialecte athapascan.
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27 juil. 2017, 16:21

Les larmes aux yeux, l'Agent Coalman se serait bien giflée, se morigénant mentalement pour sa stupidité. Elle avait voulu faire preuve de compassion et elle ne faisait que remuer un couteau dans une plaie béante ; les relations humaines n’étaient pas son point fort.
— Nous sommes tous des crétins qui ont fait des choses idiotes à un moment ou un autre, ne serait-ce qu’en sous-estimant la menace. En même temps comment aurait-il pu en être autrement ? Les seuls qui savaient réellement ce que se passait, n’avaient qu’une idée en tête ne rien laisser filtrer au nom de l’intérêt de la nation ou d’une autre connerie du même genre. Il n’était pas plus responsable que nous, dit-elle en le regardant presque suppliante, Il faut que tu te reposes un peu… tu m’entends ?
Reprend-toi ma vieille, n’oublie pas ce que tu es, tu dois montrer l’exemple. Elle commençait à comprendre que c’était à dessein qu’on avait confié la direction de l’opération à quelqu’un d’inexpérimenté dans le domaine. Ils avaient espéré que son équipe ferait choux-blanc et cela aurait peut-être mieux valu. Sauf que cela n’avait pas été le cas, et qu’elle n’allait pas flancher maintenant. Se rappelant le b.a.-ba que lui avait enseigné son officier formateur, elle se concentra sur les objectifs déterminés à raison comme prioritaires par Garett.
— Vous, interpella-t-elle le représentant du 75th Ranger qui l’avait saluée, me ferez un topo sur ce qu’il reste à faire pour mener l'évacuation des survivants à bien et vous me trouverez les mieux qualifiés pour s’occuper de cette pompe.
Ce n’était pas encore parfait mais sa voix était tout de même plus affirmée. Elle prit son courage à deux mains avant de croiser à nouveau le regard du marshal :
— Toi, tu vas profiter de mon arrivée pour te reposer un peu.

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28 juil. 2017, 21:15

— Compte là-dessus ! répondit-il, et il s’évita toute discussion inutile en pénétrant dans la chapelle. D’ailleurs il me faut un verre, tu me trouveras au bar…
Garett ne fermerait les yeux qu’après avoir vu le corps de Crow réduit en cendres, et même là il trouverait sûrement encore la force de lui vider un chargeur ou deux. Quant au sergent, le sniper l’avait tout simplement ignorée, sûrement le vent tempêtueux avait-il couvert ses ordres, à moins qu’il ait estimé Sua Sponte ne pas avoir attendu après l’Agent Coalman pour prendre la situation en main – depuis la veille.
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02 août 2017, 19:38

L’Agent Coalman regarda la silhouette de Garett s'évanouir dans l'ombre du bâtiment religieux sans rien répondre. Que dire, sachant qu'elle aurait peu ou prou réagi de la même manière. Réprimant un soupir, elle se décida à le suivre. l'allusion au bar lui avait rappelé combien elle avait soif et la faim commençait aussi à la tirailler. Elle franchit le narthex, se demandant quel spectacle allait s'offrir à elle.

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04 sept. 2018, 16:35

L’Agent Coalman savait quel endroit l’attendait derrière ces portes. Elle avait laissé toute espérance, elle qui y entrait. Déjà, de toutes parts, elle entendit pousser des gémissements, et ne voyait que des corps ; de sorte que, troublée, elle s’arrêta. Ses pensées rompirent. Le vent la soutint, léger comme l’air il s’était glissé dans son ombre pour l’accompagner dans l’antichambre de la mort, le fameux tunnel dont nul ne revient, balayant avec la poussière ses larmes qui ne pouvaient être retenues ; ses sanglots s’éparpillèrent pour s’unir à l’écume de sa rage, pour chacun des souvenirs qu’elle reconnut une perle de sang sec s’échappait de ses lèvres qu’elle mordait. Autour de l’Agent Coalman il n’y avait plus qu’un vaste rien du tout, comme une feuille de papier vierge ou une chapelle vide, toutes couleurs mortes, ni température, ni odeur, ni texture, ni goût – rien. Des noms, toujours les noms… la première chose qui s’en allait, une fois que le souffle s’était éteint, et avec lui le battement du coeur. Les souvenirs lui resteraient bien plus longtemps que leurs noms. Elle se jura de ne jamais les oublier. Elle en serait incapable.
Et l’Agent Coalman le vit. Le crétin qui avait cru bon de jouer les fiers guerriers apaches, contre l’inhumain. Le jeune homme, sur le dos, vêtu de sa veste de policier déchirée à l’encolure, semblait dormir ; mais il avait du sang partout : sur le gilet pare-balle à ses côtés, sur le t-shirt d’un obscur groupe de métal arraché pour les premiers soins ; sur le foulard du Marshall Garett qui lui avait noué sans trop d’élégance autour du cou, sur la face, sur les mains. Des caillots de sang s’étaient figés sur ses paupières closes et dans ses cheveux.
L’Agent Coalman sourit.
Si l’on sourit c’est que l’on est heureux. Et ici-bas, il n’y avait vraiment aucune raison de l’être, d’heureux. Même par simple inversion de causalité, sa douleur ne pourrait pas s’éloigner sous l’effet placebo d’un simple sourire. Elle le savait. L’Agent Coalman souriait au nom de l’Agent Davis, pour le jeune Dan. Ces deux-là étaient faits du même nerf, de la même joie de vivre ; si elle avait pu, l’Agent Coalman aurait débité une blague, de celles qu’ils affectionnaient tant et, qui aurait empli ce lieu de leurs rires ; mais elle n’en connaissait plus aucune…
« C'est une farce. Tout n'est qu'une farce ! » crut-elle entendre, dans la gorge arrachée du jeune bleu.
Alors elle rit. Et les deux joyeux drilles morts lui retournèrent un clin d’oeil.
Puis l’Agent Coalman leur tourna le dos, sans un mot.
Elle traversa la voûte de la chapelle vers laquelle son regard se porta, et où l’on distinguait sur la pierre noire la trace blanche des balles. Elle déambula jusqu’au choeur, inondé du sang qui filtrait à travers les reflets de la rosace ; rayon blafard d’une lumière cherchant à se frayer un passage, se battant contre la tempête de sable qui à l’extérieur lacérait. Même les robustes portes peinaient à s’en fendre le bois quand les vents violents venaient se jeter contre elles. Des vents qui secouaient des branches invisibles contre les vitraux et projetaient des ombres surnaturelles et flottantes. L’Agent Coalman avança jusqu’au sanctuaire, au centre duquel reposait à même l’autel, tel un Christ vêtu de son seul Saint-Suaire : le corps du Sheriff Colorados.
— Je sais c’est un peu outrancier, mais j’avais envie de lui faire ce dernier mauvais coup à cet emmerdeur de tourner en rond, murmura Garett dans son dos, une boisson énergétique à la main. Puis je suis certain qu’il aurait aimé l’idée, histoire de faire chier son père le Grand Ancien Shaman.
Garett but lentement à sa canette, ses yeux à demi fermés, souriant finement comme au souvenir de quelques plaisanteries.
— Je t’avais raconté qu’à ses 21 ans il avait sérieusement envisagé de se faire baptiser le Mangas ? Bordel, qu’est-ce que j’aurais aimé le connaître adolescent et boutonneux…
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12 sept. 2018, 15:23

— Non, ça je m’en serais souvenue. Je pense même que j’aurais trouvé le moyen de me payer sa tête à ce sujet, répondit l'Agent Coalman en songeant qu’elle aurait aimé que cela soit encore possible. Ceci dit, cela expliquait bien des choses…
Elle s’approcha de l’autel et se recueillit dans un silence complet, revivant en quelques flashs rapides la courte période pendant laquelle elle l’avait connu. Elle avait très vite su respecter aussi bien le professionnel que l’homme et en dépit de tout ce qu’elle venait de vivre, le voir gisant sans vie l’affectait plus qu’elle ne l’aurait pensé. Sans cesser de le regarder, elle reprit la parole.
— Il t’a expliqué ce qui l’avait poussé à une telle remise en question ? Puis elle ajouta dans un souffle avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, tu as eu raison de le déposer là, pour moi cela n’a rien d’outrancier.

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13 sept. 2018, 13:24

— Faire chier son vieux pardi ! Le bon vieux conflit de génération, comme tous les fils avec leur père. Surtout quand l’un se veut membre du parti chasse, pêche, chamanisme et tradition, et que l’autre embrasse l’étoile de la justice des blancs et ne danse que pour les kermesses des gosses.
En voyant ce beau cadavre rongé par la lumière, les yeux de Garett se baignèrent de larmes. Le Sheriff Colorados portait toujours, mort, la sérénité au visage. Il semblait dormir.
— Je me rappelle juste qu’après une bonne cuite, Mangas m’avait parlé des visions apocalyptiques sous LSD de son vénérable quand il le traînait sous la hutte de sudation, et qu’il ne supportait plus dans ses moments d’être traité d’avatar du « Chaos rampant » et de messager ou coeur héritier, et c’est à peu près tout ce dont je me souviens. Pour ne rien te cacher nous étions à Juárez cette nuit-là, un de mes fugitifs à remettre aux locaux, et là-bas, enfin la téquila elle danse courtement vêtue.
Garett avait lâché ces derniers mots avec un sentiment d’embarras ; celui-là même ressenti lorsque votre nouvelle copine découvre, de vos propres aveux maladroits, que vous n’avez pas toujours été dans les ordres. Alors avouer à l’Agent Coalman…
— Après, je n’en sais pas vraiment plus, éluda-t-il rapidement. Mangas n’en parlait pas trop de tout ça, surtout après la mort de Dakota. Mais c’est comme toutes les histoires de parents et de gamins, toujours à vouloir le meilleur pour ses rejetons, toujours à critiquer leurs choix, mais trop fiers pour justement reconnaître que l’on est fier d’eux ! Puis tout le monde ici te le dira, enfin ceux encore vivants… Ils se faisaient la gueule depuis bien trente ans mais dans le fond l’un et l’autre sont faits de la même sauge.
» Enfin, étaient… se reprit Garett.
Devant ce corps, qui ne portait pas de blessure apparente, auquel il ne manquait que la vie.
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20 sept. 2018, 15:41

En d’autre temps, l’hésitation gênée de Garett aurait amusé l'Agent Coalman, elle en aurait même certainement joué. Là elle passa simplement dessus, l’air de rien.
— Sale habitude qu’on les parents de toujours vouloir nous voir marcher dans leur pas, l'Agent Coalman répondit l’air songeur d’un ton presque machinal.
De par cette réflexion, la pensée de la maternité venait de lui traverser l’esprit, chose à laquelle elle n’avait pourtant guère songé jusque-là. Elle la chassa du mieux qu’elle put, dans un moment incongru s’il en est, ou la seule idée de donner le jour à un enfant dans un monde pareil la révulsait littéralement.
— Avoir le cul entre deux cultures aussi différentes ne doit pas être chose facile, ni face à ses parents, ni dans les relations avec les autres d’ailleurs. J’ai beau avoir un peu de sang indien qui coule dans mes veines, il est tellement dilué que cela se voit à peine dans mes traits. Quand à mon éducation, ce fut celle d’une bonne petite Wasp fauchée bien propre sur elle. Alors je peux à peine imaginer ce que cela peut être à vivre.
Cessant de regarder le corps, elle se tourna vers son homme, Clint.
— Il me donnait l’impression d’aspirer à plus de quiétude. J’espère que c’est le cas là où il est désormais.
Elle laissa le silence s’installer entre eux avant de caresser la joue de Garett et de lui déposer un chaste baiser sur la bouche.
— Si nous ne faisons pas quelque chose maintenant, n’importe quoi, je crois que je vais me poser dans un coin et laisser faire le destin…

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26 sept. 2018, 15:22

— Faisons-nous autre chose ? grommela Garret. À peine réussissons-nous à contenir un feu.
Depuis qu’elle connaissait le Marshall Garret, soit à peine moins d’une semaine, cela devait être la première fois que l’Agent Coalman crut percevoir chez lui un réel sentiment de pessimisme. À moins qu'il ne s'agisse de résignation, celle de ceux qui souffrent. Avec la mort de son ami, de son frère, de ses amis, de sa famille, de ses collègues, d'innocents, l’affliction l’atteignait plus qu’il ne voulait bien le montrer, et petit à petit avait rongé et détruit toute confiance ou espoir en une fin heureuse ; une fin tout court !
L'Agent Coalman l'éprouvait aussi, entre autres relents.
— Repose-toi, autant que tu le peux Trixie, je ne manquerai pas de venir te secouer la ranger quand les miens, de rangers, seront revenus m’apporter leurs bonnes nouvelles ; comme ces fichues pompes à eau qui ne pompent plus rien ni personne.
L’Agent Coalman perçu les deux mensonges de Garret. Depuis le premier jour, elle l’avait cerné, elle n'avait jamais eu à douter de ce cliché qui s'efforçait d'en être un (à la différence de l'Agent Moals, et son souvenir — bras et gorge démembrés – lui fit remonter un miasme de rage), et cela même avant de ressentir la moindre attirance pour lui – à moins que l’un ait permis l’autre ; il serait toujours temps, plus tard, de psychanalyser le pourquoi du comment cette attirance sous adrénaline, si plus tard existait. Ce ne sont pas les pompes à eau qui le tracassaient, qu’il attendait comme bonne nouvelle. D’autant qu’elle se souvenait parfaitement en revenant du lac avoir vu les citernes et pipelines encore intacts. Son homme préparait autre chose, un truc à la hauteur de sa colère en gestation – depuis des années…
Garret n’avait pas l’intention de la réveiller non plus.
— Puis, hormis si toi qui as été formée à Quantico tu es capable de nous expliquer comment Mangas peut n’avoir aucune blessure après avoir essuyé deux ou trois balles en pleine poitrine, mais en étant mort quand même… J’en suis pas loin moi aussi d’attendre le prochain incendie, enfin ce destin.
Un frisson traversa l’Agent Coalman. La fatigue.
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07 oct. 2018, 11:58

— Je n’ai pas cette réponse… la seule chose que j’ai réellement fini par comprendre depuis mon arrivée, c’est que la raison, la science, la logique cartésienne si tu préfères ou simplement un foutu bon sens étaient loin d’être suffisamment pour ne serait-ce qu’un début d’explication… J’espère juste… j’espère que maintenant il se repose et que plus rien ne viendra troubler ce repos.
L'Agent Coalman se tut, une fois encore. Elle n’avait pas l’intention de rester sur la touche et de laisser Garret déclencher elle ne savait quelle apocalypse tout en se reposant du sommeil du juste. Et puis il lui fallait être honnête avec elle-même. Elle avait tout simplement peur de fermer les yeux, consciente que des visions plus horribles les unes que les autres n’attendaient que cela pour entamer leur longue sérénade à sa culpabilité.
—Je serais bien incapable de dormir, finit-elle par dire. Je crois que je suis au-delà de la fatigue pour l’instant.
Finalement, il valait peut-être mieux lui faire croire qu’elle n’avait pas vu clair dans son jeu. Si elle en était capable…

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10 oct. 2018, 11:22

Pour la forme, Garret s’apprêta à protester :
— Ronfle un moment, ça serait plus …
Quand, comme sous l’effet d’une grenade à fragmentation, les portes de la chapelle explosèrent en mille morceaux dans un nuage de poussières et de sable doré.
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22 oct. 2018, 18:21

L'Agent Coalman savait que Garett ne s'avouerait pas vaincu, qu'il se montrerait convainquant, ponctuant sa répartie d'une réplique bien sentie. Elle s'y préparait tellement, qu'elle fut totalement prise au dépourvu par la suite des événements. Il était loin le temps de l'agent du SWAT bien entraîné, prêt à réagir au quart de tout même dans les situations les plus imprévues. Si loin qu'il lui semblait avoir été une autre vie. Son instinct lui souffla malgré tout que l'autel serait probablement ce qu'elle avait de mieux sous la main pour s'abriter. Le vacarme s'atténuait déjà quand elle réagit avec une lenteur affligeante. Pourtant son corps douloureux lui fit comprendre instantanément qu'il n'aimait vraiment pas ce qu'elle voulait lui faire faire. elle contourna malgré tout l'autel tout en étant consciente qu'elle devait être une cible facile tout en enjoignant du geste Garret à faire de même.

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22 oct. 2018, 20:33

Ensuite, ce fut les vitraux poussés par leurs reflets qui dansèrent en un fracas retentissant.
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13 avr. 2020, 17:09


[N.D.A. La suite de ce Chapitre fut écrite et publiée sans la contribution du coauteur Hervé, interprétant la Protagoniste Trixie Coalman, ce dernier ne donnant plus ni suite ni signe de vie, quittant – par défaut – l'Histoire Marionnettes et Ombres Chinoises et le projet Il était u̶n̶e̶ notre fois...]

L’Agent Coalman, ensevelit par la poussière et la chaleur, recueilli patiemment par le sable protecteur dont sont tissés les vents, s'extirpa de sa condition ; cocon tel le papillon luttant pour élever sa vie. Elle n'entendait plus rien, rien qu’un bourdonnement sourd, un roulement confus, comme si elle avait pour oreilles deux tambours de guerre ; c'était son coeur.
Elle murmura à mi-voix, un air qui ressemblait à sa plainte, se balançant et dodelinant doucement la tête comme pour se bercer :
— Hey, heya, heya, heya, heya. Heya…
Des larmes sèches coulaient de ses tempes.
Autour Clint émergeait. Rompu, il dén
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